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Colloque – Post-vérité et infox : où allons-nous ?

publié le 13/02/2019

Les 7 et 8 février 2019 s’est tenu un colloque organisé par la Fondation Maison des sciences de l’homme, à la Cité des sciences et de l’industrie. Un panel de chercheurs en information-communication, ainsi qu’en sociologie, a présenté différentes lectures du contexte actuel, cette ère de la post-vérité où pullulent les fake news, aussi nommées infox.

Parmi toutes les interventions, notons celle de la philosophe Myriam Revault d’Allonnes pour qui la post-vérité est une période dans laquelle croyance et émotion s’opposent à la raison et aux faits. Selon elle, il y a une généralisation de l’indifférence à la vérité, cette dernière devenant « inessentielle ». Par ailleurs, elle note que la post-vérité n’est pas apparue dans les sociétés totalitaires, mais dans les démocraties.

Le relativisme des opinions prime et non la discussion productive, étayée par des faits, l’échange, le débat d’idées. Les réseaux sociaux, avec la viralité des diffusions, amplifient ce phénomène.

La fragilisation croissante du recul critique des citoyens interpelle les milieux scientifiques. Selon Jean-Gabriel Ganascia, membre du comité d’éthique du CNRS, il existe trois raisons à la défiance de la société vis-à-vis des sciences :

  • Discrédit de certains chercheurs qui sèment le doute dans la population.
  • Certaines sciences peuvent être néfastes pour l’Homme.
  • Les controverses qui font que chacun peut se mettre à douter des évidences.

Sur ce dernier point, le sociologue Gérald Bronner rappelle que la disponibilité massive d’informations engendre une concurrence des points de vue, quels que soient le sujet et le support de prise de parole (écrit, photo, vidéo, oral). Cela induit une recrudescence du complotisme. Ainsi, la proposition intellectuelle n’est plus liée à la qualité des arguments avancés, mais à la satisfaction qu’elle procure à ceux qui la reçoivent. Certaines propositions vont dans le sens de nos intuitions, les attentes naturelles de notre cerveau, pointant là le rôle des biais cognitifs.

Ce continuum entre le vrai et le vraisemblable bénéficie à des acteurs malintentionnés. Par exemple, le professeur en information-communication, Arnaud Mercier, décrypte l’utilisation faite par l’extrême droite américaine de l’épidémie d’Ebola en Afrique en 2014. Derrière des enjeux sanitaires, il y a une volonté de promouvoir un agenda politique (fragiliser Obama, soutenir les thèmes de la biosécurité et la fermeture des frontières…) en s’appuyant sur les ressorts du complotisme et la viralité permise par les réseaux sociaux.

La viralité de ces infox est parfois orchestrée par des « tâcherons de cette économie de la fake news », pour reprendre l’expression du sociologue Antonio Casilli. Il existe en effet un marché du travail des fake news, des « fermes à clics » au Bangladesh aux « artisans » spécialisés. Le marché peut être industrialisé ou non : de l’achat de likes sur différents réseaux sociaux à la création de l’infox et sa diffusion. Dans quel but ? Notamment pour engranger de la publicité sur les différentes plateformes où elles sont diffusées.

Un colloque qui s’est clôturé par les propos de Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du Numérique, relevant les défis « immenses » que pose le contexte informationnel actuel, dans un monde de défiance généralisée. Les solutions existent néanmoins, tant législatives que portées par la société civile (éducation aux médias, etc.).

Programme et intervenants.

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Trois livres récents pour comprendre
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